L’ACQUISITION D’UN FONDS DE COMMERCE
L’achat d’un fonds de commerce suppose l’existence
d’un prix. Quelles sont les obligations de l’acheteur
?
La principale obligation de l’acheteur est de payer le
prix au jour et au lieu fixé par la vente.
Tout d’abord, le prix doit être sincère, c’est-à-dire
entièrement exprimé dans l’acte de vente.
Si les parties ont prévu, dans un acte secret, un prix
plus élevé, cet acte secret(que l’on appelle
contre-lettre) est nul. L’acquéreur lui-même
peut se prévaloir de la nullité de l’acte
secret pour refuser de payer le complément de prix. Ainsi,
seule la convention secrète est annulée, l’acte
apparent reste valable. De fait, si la somme dissimulée
a déjà été versée par l’acquéreur
au vendeur, celle-ci doit la lui restituer. Si cette somme n’a
pas encore été payée, l’acquéreur
peut refuser de la verser.
De plus, l’acquéreur d’un fonds de commerce
a l’obligation de procéder à une publicité
de cette vente dans le but de permettre aux créanciers
du vendeur de s’opposer à la vente, s’ils y
ont intérêt. Si l’acquéreur paie le
prix de la vente avant l’expiration du délai de 10
jours, il n’est pas libéré à l’égard
des créanciers du vendeur. Il en résulte que les
créanciers peuvent, pour obtenir paiement de leurs créances,
contraindre l’acheteur à reverser tout ou partie
du prix déjà payé.
Dans la pratique, lorsque le fonds de commerce est payé
au comptant, le prix est remis à l’intermédiaire
rédacteur, qui est séquestre de ce prix pendant
le délai des oppositions, c’est-à-dire qu’il
conserve le prix au nom du vendeur et de l’acquéreur
du fonds de commerce.
L’acquisition d’un fonds de commerce donne lieu à
diverses formalités de publicité. Pour quelles raisons
dois-je me soumettre à ces formalités ?
En tant qu’acquéreur de fonds de commerce, je dois
me soumettre aux formalités de publicité afin de
pouvoir, ensuite payer le prix au vendeur sans risque.
La publication de la vente permet, tout d’abord, aux créanciers
du vendeur de faire opposition au paiement du prix, c’est-à-dire
d’interdire à l’acheteur de payer le prix au
vendeur. Dans ce cas, le montant du prix reste bloqué en
attendant la décision du tribunal.
En outre, la publication permet aux créanciers de déjouer
une dissimulation du prix ou une sous-évaluation du fonds,
en demandant la revente du fonds aux enchères, avec une
mise à prix augmentée d’un sixième
du montant du prix de vente.
En effet, le propriétaire du fonds de commerce pourrait
avoir la tentation de vendre à un prix insuffisant pour
rembourser ses créanciers, tout en prévoyant éventuellement
un complément de prix occulte.
Les seules créanciers admis à surenchérir
sont :
-les créanciers inscrits
-et ceux qui ont fait opposition dans les dix jours suivant la
dernière en date des publications.
La surenchère doit être faite dans les vingt jours
de la publication de la vente au BODACC et n’est possible
que si le prix de cession est insuffisant pour désintéresser
les créanciers inscrits ou opposants. La surenchère
se fait par un acte d’huissier portant assignation devant
le tribunal de commerce.
Les créanciers peuvent ainsi déposséder l’acquéreur.
Le prix proposé par le créancier qui surenchérit
doit être supérieur de un sixième au prix
principal du fonds, à l’exclusion du matériel
et des marchandises.
En cas d’inexécution par l’acquéreur
de son obligation de paiement, quels sont les moyens mis à
la disposition du vendeur pour se protéger ?
Lorsque le prix n’est pas payé comptant, le vendeur
possède un privilège, c’est-à-dire
un droit de préférence sur le fonds de commerce
vendu, qui lui permet d’être payé avant les
autres créanciers de l’acquéreur.
Pour que le vendeur puisse bénéficier du privilège
:
-la vente du fonds de commerce doit être constatée
par un acte authentique ou sous seing privé, dûment
enregistré avant l’inscription du privilège.
-le vendeur doit inscrire son privilège dans les quinze
jours à compter de la vente.
Le privilège doit être inscrit au greffe du Tribunal
de commerce dans le ressort duquel le fonds est exploité.
Pour procéder à l’inscription de son privilège,
le vendeur doit donc s’adresser au greffe du Tribunal de
commerce. Cette inscription est portée sur un registre
spécial tenu au greffe.
Le vendeur dont le privilège a été régulièrement
inscrit dans la quinzaine qui suit la signature de l’acte
de vente doit être payé par préférence
à tous les autres créanciers de l’acheteur,
même si ces créanciers ont procédé
à une inscription dans le même délais. Sont
garantis par le privilège du vendeur le principal, c’est-à-dire
le prix stipulé ou ce qui reste dû, et les intérêts
sur les deux années qui suivent l’inscription.